Les dégats des mots

ahoudoubillah mina sheytane lajim, Bismillah Al Rahman, Al Rahim , Allah huma sali Ala Muhammad, wa Alih Muhammad.

 

As Salam Aleyki Wa Ramatulah wa Barakatuh,

La Paix sur vous

Cet article est la retranscription d’un live organisé sur Instagram

Nous abordons ici un sujet important, qui est insuffisamment pris en considération par une grande majorité de musulmans à savoir le dégât des mots. Pour la réalisation de cet article nous nous sommes appuyé avec l’aide de Ma Chère Kerima Chelbab  sur le livre de l’Imam Al Ghazali.

Nous avons, dans notre Livre Saint, destiné à l’humanité toute entière, beaucoup de verset ou Dieu - exalté soit-Il -  nous parle de cela.

« Dis à Mes serviteurs de tenir le langage le plus doux car le Diable plante les aiguillons de la haine entre eux. Le Diable sera toujours pour l'Homme un ennemi évident »

(Coran 17:53)

(traduction rapprochée du sens).

Le terme en arabe pour désigner l’organe de la parole, la langue c’est « Lisan » ce terme recouvre aussi le langage, la parole, le discours, les propos en général.

Rappelons que pour la vie d’un croyant, il y a des enseignements divins, sur absolument l’intégralité des aspects de la vie. Et ce, que ce soit en politique, en économie, au sein de la famille, l’éducation du cœur, et d’innombrable autres domaines. C’est un devoir pour chaque âme, pour chaque croyant de s’éduquer afin de suivre au mieux Sirat al Mustaquim, le Droit Chemin. Quand nous prions 5 fois par jour, nous disons dans la sourate al Fatiha guide NOUS dans le droit chemin, faut-il encore apprendre les règles pour être dans le Droit Chemin établi par notre Doux Créateur.

Dans la culture arabo-musulmane, la notion de « Lisan » va prendre une dimension normative qui donne à la langue (organe de parole et d’expression) un statut éthique. De ce fait, cette organe, est soumis à un certain nombres de normes et de règles éthiques qui constituent une obligation pour les musulmans.

Ainsi, pour ces derniers il y a nécessité d’éviter les innombrables maux de la parole, dont l’expression est individuelle. Il y a un Hadith du Prophète ﷺ qui nous informe : « La foi d’un serviteur n’acquiert la droiture que si son cœur est droit, et le cœur ne peut acquérir la droiture que si la langue est droite… ». (rapporté par Ahmad, traduction rapprochée du sens)

Les mots ont un impact direct sur notre cœur, et sur notre âme. Les dégâts causés par la langue sont énormes, d’où l’importance du silence. Effectivement, si nous sommes honnêtes avec nous même, que nous prenions le temps de la réforme, et l’introspection, combien de fois, pour combler un silence, maintenir une conversation, nous avons usé de médisance, ou des paroles qui fondamentalement n’avez aucun mérite, aucun intérêt ?

Et a contrario, il est forcé de constater qu’une personne, aussi lambda soit-elle, vous ai déjà dit une douce parole, un mot gentil, agréable, dont vous vous souvenez encore jusqu’à aujourd’hui. Ici nous essayerons d’apporter un court éclaircissement  bien que le sujet mérite d’avoir une certaine profondeur. Nous aborderons différents points, et nous nous arrêterons plus en profondeur sur la médisance au vu des dégâts que cette dernière cause.

« Si tu te poses la question sur l’origine des grandes vertus du silence (mutisme), alors sache que ces vertus ne sont autres que l’absence des péchés causés par la langue »

Différents dégâts des mots étudiés aujourd’hui

Parmi les dégâts des mots, il y a le fait de parler, (demander) de chose qui ne nous regarde pas. C’est dire ce qui peut être délaissé sans que ce soit un péché, ni un mal présent ou futur, mais une information qui n’a pas d’intérêt pour ta personne et qui peut te faire perdre ton temps ainsi qu’a ton interlocuteur. A ce sujet, Muhammad ﷺ à dit ; « un des signe de la perfection de la foi chez l’individu, c’est de ne pas s’occuper de ce qui ne le regarde pas ». (traduction du sens rapproché)

Il y a aussi le surplus dans la parole ou le fait de parler à tort et à travers. C’est l’excès de parole dans un but quelconque. L’auteur nous illustre ce propos ici par cet exemple; si nous avons besoin de deux mots pour exprimer une chose d’utile alors le troisième mot est de trop. En ce sens, Muhammed ﷺ nous enseigne : « Heureux est celui qui retient le surplus de sa langue et dépense le surplus de son argent ». ( traduction dans le sens, Hadith Hassan rapporté par Al Bayhaqi et Al Baraouiy)

Si nous prenons le temps de la réflexion, à notre époque malheureusement c’est l’inverse qui se produit en grande majorité, on retient le surplus d’argent et dépenses le surplus de parole sans véritablement en prendre conscience.

Qu’Allah nous facilite dans notre réforme et nous pardonne nos manquements.

La médisance

La médisance c’est le fait de parler de ton frère ou de ta sœur en des termes qui lui auraient déplu s’il en avait été au courant. Que ce soit en évoquant des défauts relatifs à son corps, son caractère, son origine, ses œuvres, ses paroles, sa vie, ou sa religion et même en ce qui concerne ses vêtements, sa gestuelle, son foyer etc…

La médisance n’est pas que verbale.

Il y a aussi la gestuelle, les allusions, les écritures, les signes qui sont considérées comme de la médisance. Parmi les formes les plus grave de médisance, il y a la singerie, le fait d’imiter ; par exemple une personne qui a un handicap et qui boite.

Quant aux expressions non nominatives comme « certains gens ont dit telle ou telle chose… » elles ne sont pas considérées comme des médisances, mais la médisance c’est de désigner une personne bien précise; morte ou vivante, ou bien de faire des allusions très fortes sans cité directement la personne mais l’induire fortement pour que tout l’auditoire le comprenne. Mais si l’on ne comprends pas de qui il s’agit cela est permis.

La médisance la plus obscène est celle pratiqué par les « faux hommes de science et de religion » on dirait des hommes vertueux, alors qu’avec plein d’ostentation ils font comprendre de manière détournée leurs pensées tout en faisant apparaitre une chasteté et une abstinence pour ce qui est de médire. Ils commettent alors 2 turpitudes : médisance et ostentation.

Exemple : dire en assemblé « nous nous réfugions auprès de Dieu de l’absence de pudeur et que Dieu nous en préserve… » son objectif étant alors de faire comprendre les défauts de l’homme évoqué, mais il l’exprime sous forme d’invocation.

Il y a aussi le fait de prêter l’oreille attentivement aux propos médisants tout en s’exclamant en vue d’encourager le médisant (dans son œuvre obscène) ainsi on l’encourage à plus de médisance. Celui qui médit et celui qui l’écoute sons associés dans le péché. Si l’auditeur à la possibilité de se lever ou de dévier le cours de la discussion et qu’il ne l’a pas fait, alors il reste associé dans le péché.

Les causes de la médisance

Il en existe une multitude, mais j’ai pris ici, ceux qui me semblait le plus pertinent et celles qui nous concerne le plus :

La vengeance : la haine et la colère sont parmi les mobiles les plus fréquents de la médisance. Cela relève de notre âme animale qu’il est important d’éduqué et de soumettre au Ruh.

La complaisance : La recherche de la concordance avec les amis, la complaisance envers eux, et le désir de prendre part à une plaisanterie pour faciliter la discussion.

Par jeu : Pour jouer, plaisante, être agréable (envers les copains), et passer le temps à rire, on parle des défauts des gens, on les signe, de manière à faire rire etc… et le sentiment qui permet cela prend naissance dans la fierté et l’arrogance. Ces caractéristiques proviennent encore de l’âme animale qui cherche la domination. Mais aussi pour se vanter, Par jalousie…

Les remèdes généraux

C’est de savoir et de prendre conscience qu’on s’expose à la colère de Dieu à cause de la médisance, que cela anéantie nos bonnes actions, le jour de la Résurrection, et que nos bonnes actions seront données à celui de qui on a médit en compensation de l’atteinte à son honneur.

Et de savoir, de prendre conscience, qu’auprès de Dieu nous sommes comme une bête qui mange la chair d’un mort. Littéralement.

Plus le croyant, comprendra et étudiera les traditions qui lui parviennent sur les dégâts que peut causer la médisance, plus il retiendra sa langue par crainte et il serait aussi utile de regarder en soi-même et si on y voit des défauts il faudrait mieux s’en préoccuper avant les défauts des autres.

Également, essayer de regarder ses défauts avant de médire des autres car comme nous dit l’auteur « Qu’on sache avec certitude que l’incapacité des gens à corriger leurs défauts est la même que notre propre incapacité à corriger certains de nos défauts ».

Remèdes spécifiques

En ce qui concerne la vengeance, la colère il faut se dire que si je laisse exploser ma colère contre celui qui l’a causé, peut être Dieu fera de même pour moi à cause de cette médisance puisqu’Il me l’a interdit et j’ai osé outrepasser Son interdiction et pris à la légère Ses mises en garde.

Quant aux remèdes à la médisance par complaisance, causé par la recherche de la satisfaction des amis c’est de savoir que Dieu se fâche contre toi si tu t’exposes à Sa colère pour la satisfaction des créatures. Et même si tu te mets en colère pour la cause de Dieu, cela ne t’autorise pas à citer la personne à l’origine de ta colère, mais il faut te mettre en colère contre tes compagnons si eux même médise de lui.

Quant à la médisance causer par la jalousie, il faut savoir que c’est la somme de deux châtiments car étant jaloux de quelqu’un pour les bienfaits dont il jouit, tu souffres dans ton cœur dans cette vie, mais cela ne t’a pas suffit et tu te rajoutes l’enfer pour l’Au-delà en médisant de lui. Ainsi tu perds ton âme pendant cette vie avec la souffrance due à la jalousie, et tu sera perdant aussi au jour de la Résurrection.

La grande rapidité et facilité pour propager les dégâts des mots :

les réseaux

D’un point de vue littéraire maintenant, voyons également en quoi les mots peuvent être des armes.

A notre époque, bien évidemment, dans les 1ers endroits où se pratiquent les dégâts des mots, se trouvent les réseaux sociaux car ceux-ci ont une particularité très bonne & en même temps très mauvaise : ils offrent la couverture de l’anonymat. Ainsi, cela peut être bénéfique lorsqu’on ne souhaite pas être identifiable sur les réseaux, que l’on souhaite simplement être consommateur passif sans interactions. Aussi, l’anonymat permet – si vous faites du kheir par exemple : associations, compte de rappels, etc. – de ne pas avoir d’ostentation car les personnes ne savent pas qui se cache derrière le profil. Dans tout cela, l’anonymat est bon car il permet à la personne de se protéger d’une certaine ostentation, d’une surexposition, etc.

Or, l’anonymat – malheureusement – est aussi souvent utilisé comme couverture pour s’adonner aux pires choses : la calomnie, la médisance, les insultes, le harcèlement. Puisque ce n’est que « virtuel » (et encore, faisons attention car désormais, le harcèlement virtuel est de + en + pris au sérieux et PUNI par la loi), alors, on se permet beaucoup de choses et encore + si l’on a le bénéfice de l’anonymat. Qui va nous démasquer derrière notre écran ?

Que l’on soit derrière notre écran ou dans une cave ou n’importe où dans le monde, Allah voit toujours les choses et de la médisance, calomnie, insulte, moquerie, etc. virtuelles ont le même statut que pratiquées dans la vraie vie. Ce n’est pas parce que la personne qui est ta victime ne connaît pas ton identité que cela diminue le côté haram.

En outre, on parle des RS car leur grande échelle, ampleur, portée est un autre facteur aggravant au niveau du dégât des mots : ce que tu dis, par exemple, en termes de haram (médisance, calomnie, insultes, etc.) va influencer tous ceux qui te suivent. Et à cause de ces paroles, cf. les rappeurs qui partagent à large échelle leurs lyrics pleines de médisance, de rabaissement de la femmes et de choses infâmes, tu risques de prendre – en plus de TES propres péchés – les péchés de tous ceux qui t’auront écouté. C’est donc catastrophique à ce niveau. Autant on peut récolter un max de hassanets en propageant un rappel qui touchera énormément de monde, en faisant du kheir, etc. autant l’inverse est réciproque. C’est la raison pour laquelle il faut être extrêmement vigilant sur les réseaux à propos de ce que l’on montre, partage, etc. Ce n’est pas parce que les mots, ICI, sont écrits qu’ils sont moindres. Puisque même s’ils ne sont pas prononcés, ils sont diffusés et, donc, cela compte comme médisance, calomnie, insultes, etc

Le côté virtuel, très spontané & rapide nous a fait oublier que c’était une responsabilité de laquelle on rendra compte devant Allah. Etant donné qu’on peut désormais poster aussi vite que notre ombre sur ces RS, on a tendance vraiment à oublier que cela n’est pas de moindre importance que dans la vraie vie.

La rapidité des RS, leur côté très éphémère et spontané, très léger sont des FAUX AMIS pour nous car ce qu’on fait de mal virtuellement a la même valeur négative que dans la vraie vie. Le couvert de l’anonymat ou de la distance ne change rien. Même si, à nos yeux, on peut se sentir entre parenthèses impunis car anonymes, cela ne change rien vis-à-vis d’Allah, cela reste des péchés.

OR, il est vrai que c’est un peu simple – de nos jours – de parler des RS et étant autrice, j’aimerai à mon tour vous parler du dégât des mots dans un domaine que je connais assez bien : la littérature.

Les types littéraires qui propagent des dégâts des mots depuis des années

A l’époque, lorsqu’on avait ni Twitter ni Insta ni TikTok, certains et certaines auteurs & autrices – lorsqu’ils avaient de la rancœur contre qqn ou bien simplement envie de descendre qqn pour un quelconque motif, recouraient à un style littéraire très connu : le pamphlet. Le pamphlet est un court texte dans lequel une personne, une idée ou même une attitude sont violemment attaqués, descendus, rabaissés. Il a recours au registre polémique et son but est clairement d’attaquer, de provoquer. EXEMPLE DE PAMPHLET.

Dans le même genre, on a aussi la satire qui est aussi un type de texte, court en général, qui utilise la moquerie, la caricature ou la grossièreté pour descendre, rabaisser, critiquer à nouveau une personne, une idée ou un comportement. Pour donner un exemple actuel, on peut parler du journal satirique Charlie Hebdo qui illustre parfaitement le propos. En prenant pour cibles constantes des personnages (le Prophète saws), des religions ou tout simplement un groupe de personnes, une communauté, ce journal ne fait rien d’autre – si l’on regarde – que de la médisance et même de la CALOMNIE puisqu’en général, tout ce qu’il dit est faux et diffamatoire.

On a aussi le blâme, le manifeste, etc.

Tout cela pour dire que déjà à l’époque, alors même que l’on avait pas cette facilité communicative que nous offre aujourd’hui les réseaux, les mots étaient déjà utilisés dans le mal : pour attaquer, blesser, rabaisser, provoquer, calomnier, etc. Je ne suis pas en train de blâmer la littérature puisque c’est justement mon domaine de prédilection mais j’en parle précisément car c’est que je connais le mieux et je n’ose pas imaginer dans les autres domaines. Cela pour montrer à quel point les dégâts des mots se sont banalisés dans toutes choses

DISCLAIMER : Néanmoins, étant une artiste qui milite pour le droit d’expression en général, je ne suis pas du tout dans cette volonté wokiste de barricader la parole afin de la faire rentrer dans ce qu’on estime être « politiquement correct ». Mais, personnellement, je trouve que le monde est si beau & vaste dans sa globalité que restreindre notre discours à parler des gens que l’on aime pas (puisqu’on les calomnie, rabaisse, etc.) – lorsqu’on est artistes – est vraiment petit & réducteur. Tâchons donc d’user des mots autrement que pour en faire des maux, tâchons de les utiliser uniquement dans le bien. Encore une fois, non pas en se mettant un FILTRE sur la bouche, ce qui serait pour moi le pire, mais en usant des mille et unes subtilités de la langue française – langue de la démagogie, ne l’oublions pas – pour faire passer nos idées avec plus d’élégance.

Qu’Allah nous aide à faire de nos langues et de nos plumes des vecteurs de bien, de lumière et d’amour.

Que Dieu nous guide, et nous facilite la réforme intérieur, qu’Il nous illumine de Sa Lumiere et qui nous permette d’avoir un entourage qui recherche quotidiennement sa satisfaction.

Amin

سُبْحَانَكَ اللَّهُمَّ وَ بِحَمْدِكَ أَشْهَدُ أَنْ لاَ إِلَهَ إِلاَّ أَنْتَ أَسْتَغْفِرُكَ وَ أَتُوبُ إِلَيكَ
Sobhanaka Allahoumma Wa Bihamdik Ach Hadou An La Ilaha Illa Ant Wahdak La Charika Lak Astaghfirouka Wa Atoubou Ilaikù

« Gloire et louange à toi ô Allah, j'atteste qu'aucune autre divinité ne mérite d'être adorée en dehors de Toi, je Te demande pardon et me repens à Toi »

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